L'immigration choisie

La formulation..."Immigration choisie", laisse déjà présager de peu de bien...
L'explication de l'initiateur du propos est particulière : "Je souhaite une immigration choisie, et j’ai également choisi les mots. Cela veut dire que je ne crois pas aux sociétés repliées sur elles-mêmes. Une société meurt davantage de la consanguinité, du repliement sur soi, de la fermeture que de l’ouverture."

Une autre façon de l'interpréter serait : Moi, eldorado pour vous, je m'octroie le droit de vous limiter dans vos vélléités, droits, devoirs et libertés !

Ce dernier mot, du coup, sonne bien étrangement ; Liberté ! Comme il me semble bien étrange qu'autrui s'arroge le pouvoir de me limiter dans mes déplacements, qu'autrui définisse ma capacité à évoluer dans différents environnements et décide, à ma place, et surtout, selon des critères inavouables, que je ne suis pas "digne" d'évoluer à ses côtés.

D'autant plus que finalement, il est expliqué, au cas où vous ne l'auriez point entendu de la sorte, que l'immigration choisie est une chance pour le développement des pays d'origine, en ciblant pariculièrement les pays africains.

Explication dans le texte :
"On entre en France légalement, sinon on n'y entre pas", déclaration du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy dans un entretien au Journal du Dimanche du 4 février.
"Le système d'intégration à la française ne fonctionne plus", il faut donc réguler l'arrivée d'immigrants sur le territoire..."

Est ce à dire que les raisons de ce malaise se trouverait à hors de France ?

"Les travailleurs qualifiés, étudiants, chercheurs ou professeurs d'université seront les bienvenus et bénéficieront d'une carte de séjour spéciale...".

"Une immigration choisie veut également dire que la France ne peut pas être le seul pays au monde qui ne puisse décider qui est accepté sur notre territoire et qui n’est pas le bienvenu. Toutes les démocraties au monde décident de ceux qu’elles acceptent. Nous ne pouvons pas être les seuls qui ne décident de recevoir que ceux pour qui nous n’avons ni emploi, ni logement, ni avenir."

Serait-il alors plus sain de considérer les forces vives des nations étrangères comme des particules, des électrons, piochables et déplaçables à l'envie ?

Certains ont qualifié l'immigration choisie" d'immigration Kleenex ; N'ayant que trop peu d'attrait pour cette formule, je ne saurai l'adopter.
D'autres considèrent qu'il s'agira de piller les cerveaux et forces vives des pays étrangers afin de faire face, en France, à la pénurie de main d'oeuvre et au Papy Boom...

Analyse solcio-économique sur la question, extraite de Libération :
«piller les élites» au profit de l'ancienne métropole :

Du point de vue du pays d'accueil, les effets de l'immigration, choisie ou non, sont en général positifs lorsque le plein-emploi prédomine. Les travailleurs étrangers entrés en France durant les Trente Glorieuses ont bien répondu à une demande de l'économie ; [...] ce sont les entreprises elles-mêmes qui sont littéralement allées chercher les travailleurs dans les anciennes colonies. La France avait alors «économiquement besoin de l'Afrique». [...] Lorsque les entreprises embauchent, une augmentation de la population active entraîne une hausse de la production et des revenus, donc de la consommation, et au final une croissance plus vive. Le vieillissement des populations européennes rend d'ailleurs inéluctable l'ouverture des frontières à une immigration importante, pour pallier la baisse de la population active.

Mais, lorsque le chômage et la précarité frappent massivement les travailleurs peu qualifiés, l'immigration choisie ne peut répondre qu'à des besoins spécifiques : pour l'essentiel, en dehors du BTP, de l'hôtellerie-restauration et d'un travail saisonnier, les emplois disponibles requièrent une main-d'oeuvre qualifiée. Choisir l'immigration selon des critères correspondant à la situation de l'emploi permet de répondre aux déséquilibres temporaires du marché du travail. Mais, lorsque ces déséquilibres perdurent, le véritable défi reste de rétablir les conditions du plein-emploi, et la rustine de l'«immigration choisie» ne peut constituer une réponse à la mesure de l'enjeu.


Les avis, différenciés, permettent de mettre en exergue bien des aspects de cette nouvelle loi et suscitent quelques questions.

Comment considérer le fait que les seuls déplacements en vue d'expliquer le concept d'"immigration choisie" aient été envisagés en Afrique ?

Comment considérer que, bien que les migrations intercontinentales des Africains soient plus importantes que celles vers l'Europe, on tende à stigmatiser la quête d'eldorado de ce dernier ?

Comment le résident africain en France doit-il envisager cette loi ? En devenant Français ?

Comment croire en l'avenir avantageux pour l'Afrique, que ne manquent pas de souligner les initiateurs de cette loi, quand, à aucun moment n'est envisagée la question de l'éducation, si ce n'est en précisant, en marge des textes, que les étudiants bénéficieront d'une carte de 3 ans à condition qu'ils retournent dans leur pays d'origine à l'issue.
Un début de réponse cependant, dans le discours de Nicolas Sarkozy, devant les adhérents de son parti politique : "cela passe par une grande politique de co-développement et il faut notamment aider les pays de l’Afrique sub-saharienne à se développer, mais au nom de quoi ? Les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, l’Angleterre, l’Allemagne et tant d’autres choisiraient les meilleurs étudiants, les meilleurs travailleurs et nous, nous n’aurions le droit de choisir personne pour subir tout le monde ? Cette politique n’est pas la mienne."

Suivi d'une explication socio-économique de Pierre-Yves Geoffard, chercheur au CNRS :

Du point de vue du pays d'origine, les politiques de sélection des travailleurs posent un autre ensemble de questions. Certes, le brain drain pèse sur le développement, en privant ces pays d'une main-d'oeuvre qualifiée dont le manque se fait alors cruellement sentir dans de nombreux secteurs. Mais, outre que ces travailleurs émigrés transfèrent à leur pays une part, parfois élevée, de leurs revenus, la perspective de pouvoir émigrer constitue une forte incitation à entreprendre des études. Le curseur est alors délicat à placer : une ouverture totale des frontières peut encourager fortement de tels investissements en «capital humain», mais leur fruit est pour l'essentiel capté par les pays riches, et le pays d'origine n'en tire aucun bénéfice ;
à l'inverse, une fermeture totale des frontières décourage ces investissements, dont alors aucun pays ne tire de bénéfice. Dans certains cas, la possibilité d'émigrer entraîne une augmentation suffisante du niveau général d'éducation pour que le pays d'origine profite de ceux qui ne seront pas partis.

De même, l'émigration temporaire peut être grandement bénéfique, les travailleurs revenant au pays pouvant apporter leurs compétences ; notons que des conditions trop strictes d'entrée dans un pays riche peuvent dissuader certains travailleurs qui y séjournent à retourner dans leur pays d'origine, tant ce retour risque d'être définitif.

Mais, pour que les incitations à entreprendre des études compensent le coût du départ des plus qualifiés, il faut que ces incitations se traduisent en pratique par un effort d'éducation. Le point clé devient la qualité du système éducatif. Un pays au système éducatif défaillant paie les coûts du brain drain, sans bénéficier de l'effet des incitations. Investir résolument dans les systèmes éducatifs des pays du Sud semble une condition indispensable pour rétablir les conditions d'échange mutuellement avantageux. Mais parler d'«immigration choisie» sans évoquer cette question ne peut conduire qu'à un pillage des élites, qui, outre son caractère profondément injuste, est alors également parfaitement inefficace.

Éducation, le maitre mot est bien là !

Alors certaines écoles anticipent, et HEC crée une délégation à Dakar, pour "intensifier ses liens avec l’Afrique subsaharienne" et "adopter une démarche proactive" pour la formation continue des managers et dirigeants en activité.

Reste que le nouveau concept ne fait pas l'unanimité auprès de ceux vers qui "la main bienveillante" est tendue ; de ces voyages au Mali et au Bénin, Nicolas Sarkozy n'aura pas reçu bon accueil des populations dans le «pays d'hospitalité non choisie» d'Amani Toumani Touré.

Un petit tour et puis s'en va...

Alors que l'actualité médiatique ne cesse de puiser dans les méandres affairistes politico-économiques de notre chère France, qu'il est presque de bon ton de fustiger, sans réserve, une certaine tranche du paysage élitiste français, et de banaliser, au demeurant sans réserve également, l'autre tranche, plusieurs thèmes, au combien essentiels, sont abordés, traités et enterrinés au Parlement.

Deux d'entre eux m'inquiètent particulièrement : l'"immigration choisie" et les droits d'auteurs, DADVSI.

Bienvenue sur mon blog !

Longtemps, longtemps, j'ai résisté à la tentation du blog ! Pas l'ombre d'un quelconque intérêt, ni l'envie de coucher, sur la toile, les différents moments de ma vie ou de mon activité.

Puis ce fut un déclic, une sorte d'electro stimulateur, arrivé d'on ne sait où, tel un message subliminal et transcandental, me poussant à tester ce nouveau mode d'expression.

Profitant du fait que je suis plus à l'aise avec un clavier ou un stylo qu'avec un micro, je me suis lancé en cette fin d'après midi, testant ça et là les supports, les canaux et les modèles.

Je me suis donc arrêté sur celui-là, en espérant que le temps me permettra de me consacrer, au moins, quelques heures par semaine, à l'écriture sur mon "Corner".