mercredi, juillet 01, 2009

Visioconférences sur la diversité des pratiques du libre en Francophonie

Afin de faciliter l’accès à distance aux Rencontres Mondiales du Logiciels Libres 2009, qui se tiendront à Nantes du 7 au 11 juillet, l’AUF en relation avec les organisateurs des RMLL met en place plusieurs interventions en visioconférences sur la diversité des pratiques du libre en Francophonie, la journée du 8 juillet 2009, de 9h à 19h (GMT+2).

Très favorable à l’usage des logiciels libres et des formats ouverts - vecteurs de partage du savoir - l’AUF a activé ses relais pour permettre aux acteurs du Libre qui le souhaitent de prendre part aux RMLL sous forme de visioconférences. Cela démontre l’étendue croissante et la diversification de la révolution du Libre.

Ainsi, la journée du mercredi 8 juillet 2009 permettra des liaisons full duplex ininterrompues avec des pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe Centrale.

Cette réalisation montre à quel point la collaboration de grands réseaux mus par une éthique étayée par les principes du Libre et une vision cohérente des perspectives d’avenir est de nature à fonder les échanges féconds et pérennes.

Au programme :

* Les logiciels libres au Vietnam : utilisation actuelle et perspectives (depuis Hanoï, Vietnam) ;

* Logiciels libres éducatifs à Taiwan

(depuis, Taipei, Taïwan) ;

* Le projet « Learn Free »

(depuis Sofia, Bulgarie) ;

* Production-diffusion des savoirs en libre accès

(depuis Yaoundé, Cameroun) ;

* Étude de cas sur le développement d’une caisse de micro-crédit

(depuis Bamako, Mali) ;

* Logiciels libres éducatifs en Tunisie

(depuis Tunis, Tunisie) ;

* Logiciels libres éducatifs au Burundi

(depuis Bujumbura, Burundi) ;

* CHALA : Club des Hommes et Femmes d’Affaires du Libre en Afrique

(depuis Abidjan, Côte d’Ivoire).

En savoir Plus :

mardi, juin 30, 2009

Le CHALA aux 10emes RMLL

10es RMLL à Nantes du 7 au 11 juillet 2009

Les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre se tiendront du 7 au 11 juillet à Nantes.

La thématique sera la migration et la conduite au changement vers le Libre. Conférences, tables rondes, et ateliers seront proposés aux visiteurs durant 5 jours.

Comme chaque année, une équipe du CHALA, Club des Hommes et femmes d'Affaires du Libre en Afrique aura la joie d'y participer.

Venez retrouver Christelle N'CHO, Sophie GAUTIER, Christian ROLAND, Éric SEIGNE, Hayat OUFDIL, Benjamin JEAN, Jean THIERY et Yves MIEZAN EZO dans les allées et contre allées del’école Polytech’Nantes, site de la Chantrerie.

Innovation technologique cette année, une participation placée sous le signe de la mondialisation avec en full duplex, des visio conférences etablies en collaboration avec l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF).

Fichiers de police, libertés publiques et droits de l’homme...Ah oui c'est vrai, le Secrétariat d'Etat à disparu...

Olivier Dumont, du Monde, a publié un article très intéressant sur la nouvelle disposition gouvernementale, visant à tracer encore un peu plus, la vie et le genre des gens, notamment au travers du Net.

Rappelons nous alors les débats houleux sur la "mesure de la diversité", cette possibilité, dans les enquêtes et autres études portant sur les Français, de prendre en compte l'origine ethnique, proposée par le haut-commissaire à la Diversité, Yazid Sabeg, ou mieux encore, le fichier Edvige, pour Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale policier, contenant des informations concernant les « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». Ces données pourront aussi être collectées sur les personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique », ou jouant un « rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif », y compris pour les mineurs, à partir de 13 ans.

Et Olivier Dumont, à juste titre de réitérer le profilage..."La loi Hadopi est donc - avec quelques houleux retards à l'allumage - finalement votée. Avec la loi Dadvsi de 2006 sur le droit d'auteur, qui avait également provoqué un tollé, voici que se profile Loppsi, élargissant encore le champ sécuritaire lié aux nouvelles technologies. Mis bout à bout, ces trois éléments forment le véritable arsenal de la "cybersécurité", promue priorité par Nicolas Sarkozy."

Le texte...

Le fichier Périclès, grand mix de données personnelles
LEMONDE.FR | 29.06.09 | 21h13 • Mis à jour le 29.06.09 | 22h15

e projet de loi Loppsi 2, qui sera débattu dans les prochaines semaines, devrait s'imposer comme le super-outil de filtrage et de traçage du Net. Au coeur de ce dispositif de lutte contre la criminalité, Périclès, un plateforme névralgique pour les données personnelles.

Apparue et adoptée en 2002, la première loi Loppsi prévoyait un arsenal juridique destiné à endiguer l'accroissement de la délinquance et de la criminalité. Sa première mise en application, la loi sur la sécurité intérieure, votée en 2003, concernait plus spécifiquement la criminalité "classique". Depuis, il fallait prendre en compte la formidable montée en puissance des réseaux - et la montée, liée, de la cyberdélinquance - mais aussi les avantages d'une quasi-totale informatisation des données concernant les citoyens. La Loppsi, 2e du nom, et ses "super-fichiers" croisés ont alors été pensés.

Selon les informations obtenues par le Figaro, le fonctionnement et le champ de recoupement de Périclès, devenu récemment AJDRCDS (Application judiciaire dédiée à la révélation des crimes et délits en série), a été précisé. Seuls les magistrats et gendarmes ou policiers habilités judiciairement et formés à Périclès auront la possiblité de travailler sur la plate-forme, qui ne sera accessible que par une combinaison de code et mot de passe nominatifs. Une fois identifié, l'utilisateur pourra à loisir taper sa requête en précisant le ou les fichiers à interroger.

RECOUPEMENTS À LA CARTE

A la palette des quarante-cinq fichiers (référencés dans le nouveau rapport Bauer - décembre 2008, voir encadré) d'ores et déjà disponibles au ministère de l'intérieur, tels les fichiers d'antécédents judiciaires et traitement des infractions constatées (STIC, Judex) ou bases de permis de conduire ou cartes grises, pourront s'ajouter - sur demande des enquêteurs et par réquisition accélérée - certains autres fichiers administratifs comme ceux des douanes, du fisc ou de la Sécurité sociale par exemple. A noter au passage que de 34 en 2006, ces fichiers sont passés à 45 en 2008, et seront bientôt augmentés d'une douzaine supplémentaire "en cours de préparation" selon le rapport Bauer, vraisemblablement pour 2010.

Dernière nouveauté en date, l'adjonction dans les possibilités de croisement des éléments visibles sur la Toile - dits "sources ouvertes" - que chaque internaute peut laisser - parfois sans s'en rendre compte - sur les sites de socialisation (tels Facebook ou MySpace), mais aussi pages personnelles ou blogs (accessibles par simples requêtes sur moteurs de recherche classiques comme Google). A l'image de l'expérimentation du fichier Herisson (Habile Extraction du Renseignement d'Intérêt Stratégique à partir de Sources Ouvertes Numérisées) par la Direction générale de l'armement, une masse non négligeable d'informations peut être collectée légalement par ce moteur de recherche "super-renifleur" qui dresse un portrait-robot numérique de chaque individu.

FACEBOOK ET GOOGLE EN COMPLÉMENT

Et les recoupements ne s'arrêteraient pas là. Toujours sur demande et pour les besoins de l'enquête, il sera alors possible - ce qui est déjà le cas pour certaines affaires - de demander aux opérateurs de téléphonie les numéros d'identification des portables se trouvant dans une zone précise et ayant passé une communication à un moment donné. Idem pour le GIE Cartes bancaires, qui fournirait les listes de retraits d'argent par Carte bleue dans un périmètre déterminé. Ces demandes ne sont pas nouvelles, mais la possibilité de recoupements d'identités grâce à Périclès l'est. La convergence des données augmente les chances de réussite d'une identification.

Une seule limite à tout ce futur arsenal, son utilisation qui serait limitée aux délits passibles d'au moins 5 ans d'emprisonnement, le tout afin "d'étendre l'utilisation des fichiers de police judiciaire à la lutte contre la délinquance la plus nombreuse et la plus répétée pour permettre aux officiers de police judiciaire de bénéficier des nouvelles capacités de rapprochement et de traitement de la sérialité", comme le décrit le projet en préambule. Et déjà, ça et là, quelques initiatives tentent de résister à ce fichage massif.

mercredi, juin 17, 2009

Un week end au champs...2

Aie, aie, aie ! Padawan a encore frappé ! Réunir autant de personnes au Château de Saint Germain le Gaillard n'était pas chose aisée.



Mais encore une fois, le succès l'a rattrapé !


Que de beau monde, que de sourires partagés, d'amitiés constatées ! Merci encore à Pascal Aubry pour ces doux arrosages !

Quelques moments vécus...même si tout le monde n'est pas à son avantage...Nous dirons que la censure n'a pas fait son job. Hein Pascal !



Et vivement fin juillet !

dimanche, mai 10, 2009

Enquête exclusive se débrouille

Abidjan : capitale de la débrouille dans Enquête Exclusive


Le 26 avril dernier, M6 diffusait une Enquête Exclusive consacrée "Abidjan : capitale de la débrouille" avec le synospis suivant : Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, est une mégalopole gigantesque qui compte plus de cinq millions d'habitants. Un cinquième de la population totale du pays y vit, faisant d'Abidjan la ville la plus peuplée de l'Afrique de l'Ouest.

Les quartiers d'affaires ultra-modernes, financés par les bénéfices du pétrole et du cacao, voisinent avec les plus grands bidonvilles du continent africain. Dans ces quartiers insalubres, petits boulots et gros trafics contribuent à la survie de la population.

Des gangs se sont également formés, des "coupeurs de route" qui rançonnent les automobilistes de passage au nez et à la barbe de la police, qui tente de s'organiser pour les contrer.


Au commencement était donc une description, triste mais bien réelle, d'un quotidien abidjanais. Mais au fur et à mesure de l'avance ment de l'émission, on constate un certain nombre de dérives, qui, liées au démarrage, le 29 avril devant la cour d'assises de Paris, du procès mettant en cause un ivoirien, puis quelques temps plus tard, début mai, l'annonce de la possible ouverture de procès contre 3 chefs d'états africains, laissent transparaitre une bien triste image de nos pays et ressortissants.

Tout commence par un balayage d'Abidjan, contrasté entre Plateau, quartier d'affaires, et Adjamé, quartier populaire, riche en " trafiquants et petits voleurs en tout genre".
Rapidement, on se focalise sur les difficultés sanitaires de la ville, notamment liées à l'absence d'infrasctructures de destruction de déchets mais surtout au scandale du Probo Koala.

Le Ministre de la ville et de la salubrité urbaine, d'abord présenté comme le Monsieur Propre du pays, se "débrouillant" comme il peut pour apporter le meilleur à ses concitoyens, est vite rattrapé par une image moins avantageuse, présentant d'abord ses biens mobiliers et immobiliers de grande valeur, commentant un manquement d'une société de nettoyage et menaçant de licencier le dit responsable.
Tout au long du reportage, l'opération Ville propre sert de fil conducteur ;

Cette opération, lancée en octobre 2008, en est à sa 3ème édition, à Abidjan comme en région, mais n'est en aucune façon rappelée dans le reportage.

Deuxième axe, la sécurité : démonstration de force des unités spéciales de lutte contre la criminalité et la grand banditisme ! Malgré leurs petits moyens, ils font montre de courage et volonté de sécuriser les citoyens ivoiriens.
En guise de menace néanmoins, les brouteurs et autres Web escrots sont particulièrement mis en avant ;
L'inexistance de services de police ou de gendarmerie de lutte contre la cybercriminalité ralentissent évidemment les travaux et chantiers mais il est cependant utilse de rappeler que depuis 2005, plusieurs séminaires et travaux sont menés, au travers de l'Organisation Internationale de la Francophonie, de l'Internet Socity ou de l'Agence des Telecoms de Côte d'Ivoire, par des spécialistes internatinaux, pour apporter contribution gouvernementale à la lutte contre la cybercriminalité.

En somme, quand bien même il s'agit là d'une réalité incontestable du quotidien ivoirien, il est bien dommage que M. Bernard de la Villardière oublie délibéremment de présenter les bons côtés ou avancées réelles effectuées sur des terrains au combien difficile.

Mais comme dirait "le sosie" : si je me retrouve président d'une république bananière en Afrique, je n'aurai aucun souci à me faire puisque c'est mon sosie qui prendra pour moi...avant de recevoir de ma part un petit rappel sur la bananière attitude que l'on peut rencontrer bien plus près de nous...

Texte ci dessous... : de François de Rugy

Hallucinante histoire que nous relate ce jour Libération.

Petit rappel des faits: un citoyen, par ailleurs salarié de TF1, s’adresse à sa députée (élue UMP) pour lui faire part de son opposition au projet de loi Hadopi.

Son mail, envoyé à partir de sa boite personnelle, est argumenté.

Dès réception, une collaboratrice de la députée fait suivre le message au cabinet de la ministre de la Culture, pour obtenir un contre-argumentaire.

Jusqu’ici, tout est normal.

C’est alors que tout dérape : dans un réflexe incroyable, le cabinet de la ministre répercute la correspondance (privée !) de ce citoyen à la direction de TF1 qui —ni une ni deux, si j’ose dire— licencie l’intéressé.

Cette histoire désolante n’est pas une simple anecdote.

Elle illustre la confusion opérée entre le pouvoir politique et le principal média français.

Elle met en cause le droit d’opinion de chaque citoyen, rendu comptable, devant son employeur, de ses prises de position politiques, exprimées à titre personnel et privé.

Elle disqualifie définitivement la ministre de la Culture, dont le rôle est de protéger les libertés. Toutes les libertés : celle des créateurs, certes, mais également la liberté d’accès aux œuvres et à l’information, mise à mal par sa loi, et la liberté d’expression.

Aux dispositions déjà insupportables contenues dans son projet de loi, à ses déclarations scandaleuses pendant le débat parlementaire, qui l’avaient contrainte à présenter des excuses publiques à l’Assemblée, Madame Albanel ajoute désormais une nouvelle pratique : la délation.

Trop, c’est trop !

Cela n’est pas dans mes habitudes, mais devant de nouvel abus de pouvoir, il me semble qu’il n’y a pas d’autre choix : il faut appeler à la démission de cette ministre à l’évidence dépassée par les devoirs que devrait lui imposer sa charge.


dimanche, mars 15, 2009

Marc L***

Abla Google ?!!! asked me Rycks

Où comment la vie des uns peut se voir stigmatisée en presse...

Marc L***

N.B. du 15 janvier 2009, 16h30, précisé le 21 janvier, et remis à jour le 3 mars 2009.

Le Tigre a décidé de ne pas participer à l’emballement médiatique qui a suivi la découverte de cet article par les médias - emballement médiatique propice à de nombreux raccourcis, dont le plus grave nous semble être la confusion entre la démarche même de l’article et l’intérêt des journalistes pour la personne concernée par l’article (Marc L. étant son double de fiction).

Le Tigre est revenu dans son volume 30 (mars-avril 2009) sur la façon dont s’est construit cet effet boule de neige.

Le Tigre rappelle aussi que cet article de deux pages a été publié dans le volume 28 du Tigre qui comportait, par ailleurs, vingt pages d’un dossier consacré aux Rroms.

Bon annniversaire, Marc. Le 5 décembre 2008, tu fêteras tes vingt-neuf ans. Tu permets qu’on se tutoie, Marc ? Tu ne me connais pas, c’est vrai. Mais moi, je te connais très bien. C’est sur toi qu’est tombée la (mal)chance d’être le premier portrait Google du Tigre. Une rubrique toute simple : on prend un anonyme et on raconte sa vie grâce à toutes les traces qu’il a laissées, volontairement ou non sur Internet. Comment ça, un message se cache derrière l’idée de cette rubrique ? Évidemment : l’idée qu’on ne fait pas vraiment attention aux informations privées disponibles sur Internet, et que, une fois synthétisées, elles prennent soudain un relief inquiétant. Mais sache que j’ai plongé dans ta vie sans arrière-pensée : j’adore rencontrer des inconnus. Je préfère te prévenir : ce sera violemment impudique, à l’opposé de tout ce qu’on défend dans Le Tigre. Mais c’est pour la bonne cause ; et puis, après tout, c’est de ta faute : tu n’avais qu’à faire attention.

J’ai eu un peu peur, au début, d’avoir un problème de source. Pas par manque : par trop-plein. À cause des homonymes : il y a au moins cinq autres Marc L*** sur le site Copains d’avant. Mais tu n’y es pas : ce doit être une affaire de génération, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, les gens s’inscrivaient massivement sur Copains d’avant et renseignait leur parcours scolaire, pour retrouver les copains du CM1. C’était avant Facebook. Ah, Facebook... Mais n’allons pas trop vite. Je t’ai rencontré, cher Marc, sur Flickr, cette immense banque d’images qui permet de partager ses photos avec ses amis (une fonction que Facebook s’est empressé de copier, soit dit en passant). Pour trouver un inconnu dont je ferai le portrait, j’ai tapé « voyage » avec l’idée de tomber directement sur un bon « client » comme disent les journalistes, puisque capable de poster ses photos de voyages. Je t’ai vite trouvé : il faut dire que tu aimes bien Flickr, où tu as posté plus de dix-sept mille photos en moins de deux ans. Forcément, j’avais des chances d’y trouver tes photos.

Alors, Marc. Belle gueule, les cheveux mi-longs, le visage fin et de grands yeux curieux. Je parle de la photo prise au Starbuck’s Café de Montréal, lors de ton voyage au Canada, avec Helena et Jose, le 5 août 2008. La soirée avait l’air sympa, comme d’ailleurs tout le week-end que vous avez passé à Vancouver. J’aime particulièrement cette série, parce que Jose a fait des photos, et ça me permet de te voir plus souvent. Vous avez loué un scooter, vous êtes allés au bord de la mer, mais vous ne vous êtes pas baignés, juste traîné sur la plage. En tout, tu as passé un mois au Canada. Au début tu étais seul, à l’hôtel Central, à Montréal (série de photos « autour de mon hôtel »). Tu étais là-bas pour le travail. Le travail ? Tu es assistant au « service d’architecture intérieur », dans un gros cabinet d’architectes, LBA, depuis septembre dernier (Facebook, rubrique Profil). Le cabinet a des succursales dans plusieurs villes, et a priori tu dois travailler dans la succursale de Pessac, dans la banlieue de Bordeaux. Ça, je l’ai trouvé par déduction, vu que tu traînes souvent à l’Utopia (cinéma et café bordelais) ou à Arcachon. Donc à Montréal, tu étais dans un bureau avec Steven, Philipp, Peter, en train de travailler sur des plans d’architectes, devant deux ordinateurs, un fixe et un portable. En agrandissant la photo, on peut même voir que tu avais un portable Packard-Bell et que tu utilisais des pages de brouillon comme tapis de souris. Je n’ai pas dit que c’était passionnant, j’ai dit qu’on pouvait le voir. Le 21 août, c’est Steven qui t’a accompagné à l’aéroport. Retour en France, où t’attendait un mariage (Juliette et Dominique), puis, la semaine suivante, le baptême de ta nièce, Lola, la petite sœur de Luc (qui fait des têtes rigolotes avec ses grosses lunettes), à Libourne.

Revenons à toi. Tu es célibataire et hétérosexuel (Facebook). Au printemps 2008, tu as eu une histoire avec Claudia R***, qui travaille au Centre culturel franco-autrichien de Bordeaux (je ne l’ai pas retrouvée tout de suite, à cause du caractère ü qu’il faut écrire ue pour Google). En tout cas, je confirme, elle est charmante, petits seins, cheveux courts, jolies jambes. Tu nous donnes l’adresse de ses parents, boulevard V*** à Bordeaux. Vous avez joué aux boules à Arcachon, et il y avait aussi Lukas T***, qui est le collègue de Claudia au Centre Culturel. Fin mai, il n’y a que quatre photos, anodines, de ton passage dans le petit appartement de Claudia (comme si tu voulais nous cacher quelque chose) et une autre, quelques jours plus tard, plus révélatrice, prise par Claudia elle-même, chez elle : on reconnaît son lit, et c’est toi qui es couché dessus. Habillé, tout de même. Sur une autre, tu te brosses les dents. C’est le 31 mai : deux jours plus tôt, vous étiez chez Lukas « pour fêter les sous de la CAF » (une fête assez sage, mais Lukas s’est mis au piano pour chanter des chansons en allemand, tout le monde a bien ri, vidéo sur Flickr). Ce 31 mai, vous avez une façon de vous enlacer qui ne laisse que peu de doutes. Et le 22 juin, cette fois c’est sûr, vous vous tenez par la main lors d’une petite promenade au Cap-Ferret. C’est la dernière fois que j’ai eu des nouvelles de Claudia. Note bien que j’ai son numéro au travail (offre d’emploi pour un poste d’assistant pédagogique au Centre culturel, elle s’occupe du recrutement), je pourrais l’appeler. Mais pour raconter une séparation, même Internet a des limites. Avant Claudia, tu étais avec Jennifer (ça a duré au moins deux ans), qui s’intéressait à l’art contemporain (vous avez visité ensemble Beaubourg puis tu l’as emmenée au concert de Madonna à Bercy). Elle a habité successivement Angers puis Metz, son chat s’appelle Lula, et, physiquement, elle a un peu le même genre que Claudia. À l’été 2006, vous êtes partis dans un camping à Pornic, dans une Golf blanche. La côte Atlantique, puis la Bretagne intérieure. Tu avais les cheveux courts, à l’époque, ça t’allait moins bien.

On n’a pas parlé de musique. À la fin des années 1990, tu as participé au groupe Punk, à l’époque où tu habitais Mérignac (à quelques kilomètres de Bordeaux). Il reste quelques traces de son existence, sur ton Flicker bien sûr mais aussi dans les archives Google de la presse locale. Tu sais quoi ? C’est là que j’ai trouvé ton numéro de portable : 06 83 36 ** **. Je voulais vérifier si tu avais gardé le même numéro depuis 2002. Je t’ai appelé, tu as dit : « Allô ? », j’ai dit : « Marc ? », tu as dit : « C’est qui ? », j’ai raccroché. Voilà : j’ai ton portable. L’article disait : « Pour les Punk, l’année 2001 a été révélatrice. Leader du premier concours rock, ils sont pris en charge par l’association bordelaise Domino, qui propose, pour une formation, un accompagnement de groupes de musiques actuelles. Devant plus de 700 spectateurs, ils se sont produits également à l’Olympia d’Arcachon pour un grand concert. » Mais 2002 semble être la dernière année d’existence du groupe - on imagine comment tout ça s’est fini, tu es parti à Montpellier à l’université (Facebook, rubrique Formation), les autres ont sans doute continué leurs études ici ou là... Mais tu vois, il ne faut jamais désespérer, parce qu’avec Michel M***, le guitariste, vous avez joué à nouveau, le 19 juin 2007 au Café Maritime, à Bordeaux. Il y a une petite vidéo où je t’ai entendu chanter, rien de transcendantal mais enfin c’est honnête. Et puis avec Dom, vous vous êtes remis à jouer ensemble, puisque dans les rues de Nantes, lors de la fête de la musique 2008, vous avez fait un spectacle, spectacle que vous aviez répété la veille chez lui et sa copine, Carine T***. Dom, c’est Dominique F***, il est thésard à Bordeaux III. Beau sujet, « Ni là-bas ni ici », une sociologie de la fin de vie des migrants. Tiens, bizarrement c’est en faisant des recherches sur lui que j’ai découvert que tu avais aussi une page sur YouTube, pour les vidéos. Et que, début 2008, tu étais en Italie (jusqu’au 27 mars, où tu filmes ton retour à Bordeaux dans un marché couvert). J’avoue manquer d’informations sur ce que tu faisais à Rome : sans doute pour du travail, parce qu’on voit que tu es installé avec ton ordinateur dans un appartement (belle vue, au demeurant). Tu as fait la fête avec Philippe S***, et chanté le jour de la Saint-Valentin au Gep Wine bar.

J’ai triché, une fois : pour avoir accès à ton profil Facebook (ce qui m’a bien aidé pour la suite), j’ai créé un faux profil et je t’ai proposé de devenir mon « ami ». Méfiant, tu n’as pas dit « oui », à la différence de Helena C*** dont j’ai pu admirer le « mur », là où tout le monde laisse des petits messages. Mais tu m’as répondu. En anglais, bizarrement : « Hi Who are you ? Regards Marc » Je m’apprêtais à inventer un gros mensonge, comme quoi j’étais fan de Vancouver et que j’avais beaucoup aimé tes photos de là-bas, mais au moment de te répondre, Facebook m’a prévenu : « Si vous envoyez un message à Marc L***, vous lui donnez la permission de voir votre liste d’amis, ainsi que vos informations de base, de travail et d’éducation pour un mois. » Je me suis dit que la réciproque était vraie, et je n’ai donc pas eu besoin de te répondre pour avoir accès aux informations de base. Au passage, j’ai découvert que Facebook propose une solution pour éviter les captcha, les petits textes à taper pour prouver qu’on n’est pas un robot : c’est très simple, il suffit de donner son numéro de portable au site pour qu’il vérifie qu’on existe vraiment. Et voilà : il restait une dernière information que Facebook n’avait pas, dépêchons-nous de la lui donner.

Je pense à l’année 1998, il y a dix ans, quand tout le monde fantasmait déjà sur la puissance d’Internet. Le Marc L*** de l’époque, je n’aurais sans doute rien ou presque rien trouvé sur lui. Là, Marc, j’ai trouvé tout ce que je voulais sur toi. J’imagine ton quotidien, ta vie de jeune salarié futur architecte d’intérieur, ton plaisir encore à faire de la musique avec tes potes à Bordeaux, tes voyages à l’autre bout du monde, ta future petite copine (je parie qu’elle aura les cheveux courts). Mais il me manque une chose : ton adresse. Dans ces temps dématérialisés, où mails et téléphones portables tiennent lieu de domiciliation, ça me pose un petit problème : comment je fais pour t’envoyer Le Tigre ? Je sais que tu es avenue F***, mais il me manque le numéro, et tu n’es pas dans les pages jaunes. Cela dit, je peux m’en passer. Il suffit que je ne te l’envoie pas, ton portrait : après tout, tu la connais déjà, ta vie.

***

À la demande de l’intéressé, ce texte a été entièrement anonymisé et modifié (villes, prénoms, lieux, etc.) à la différence de la version parue dans Le Tigre en papier, dont seuls les noms propres des personnes citées étaient anonymisés. En revanche, ce travail d’adaptation n’enlève en rien le fait que toutes les informations citées sont véridiques et étaient librement accessibles.